Porsche met la production de sa berline électrique Taycan en pointillés dans son usine historique de Stuttgart-Zuffenhausen, en Allemagne. Pour le constructeur de voitures de sport de luxe, propriété du groupe Volkswagen, justifie la demande est trop faible pour son seul modèle 100 % électrique de série.

Porsche fabrique le Taycan à Zuffenhausen depuis septembre 2019. Au premier trimestre 2026, Porsche n'en a livré que 3 420 dans le monde - ©True Pixel Art / Shutterstock
Porsche fabrique le Taycan à Zuffenhausen depuis septembre 2019. Au premier trimestre 2026, Porsche n'en a livré que 3 420 dans le monde - ©True Pixel Art / Shutterstock

Début mai, Porsche a mis sa ligne à l'arrêt pendant une journée. Les Allemands appellent cela un « Schließtag ». De nouvelles fermetures sont programmées à partir du vendredi précédant la Pentecôte, puis au cours de la semaine 22. Un porte-parole de Porsche confirme avoir calé la cadence de l'usine sur le carnet de commandes, avec des fluctuations qui, selon lui, n'ont rien d'anormal

Porsche fabrique le Taycan à Zuffenhausen depuis septembre 2019. Au premier trimestre 2026, Porsche n'en a livré que 3 420 dans le monde, soit un cinquième de moins qu'un an plus tôt. Sur la même période, les livraisons totales de la marque ont reculé de 15 %, à 60 991 véhicules, avec une chute de 21 % en Chine.

Des arrêts calés sur les commandes

Un « Schließtag » n'arrête pas l'usine entière. Quand les commandes faiblissent, Porsche arrête la ligne d'assemblage du Taycan pour une journée, sans toucher aux autres modèles produits sur le site. Toujours selon le porte-parole, pas de chômage technique, car les journées servent aussi à des travaux d'entretien et de transformation sur les chaînes. Autrement dit, on profite des trous dans le carnet de commandes pour réorganiser l'outil industriel.

Porsche a déjà ralenti ce modèle par le passé. À l'été 2024, faute de ventes, le constructeur avait réduit la production du Taycan à une seule équipe, contre deux auparavant. Aujourd'hui, les ventes mondiales de la berline ont reculé de 49 % en 2024, puis encore de 6 % au premier semestre 2025. Désormais, on parle de jours d'arrêt ponctuels, déclenchés au gré du remplissage des commandes.

Porsche va aussi reléguer ses futures projets électriques après les thermiques et hybrides - ©Frederic Legrand - COMEO / Shutterstock
Porsche va aussi reléguer ses futures projets électriques après les thermiques et hybrides - ©Frederic Legrand - COMEO / Shutterstock

Droits de douane américains et concurrence chinoise

Seul le Taycan est à l'arrêt. Et comme toute la voiture sort d'Allemagne, sans aucune production hors d'Europe, Porsche doit donc s'acquitter des droits de douane imposés par Washington sur chaque voiture importée. Cela représente environ 700 millions d'euros sur l'année 2025, d'après les comptes du groupe, soit une dépense de plus pour une berline déjà boudée par les acheteurs.

En Chine, premier marché historique des sportives de luxe, les ventes de Porsche reculent également. BYD, Geely et Xiaomi avec sa SU7 lancent des modèles électriques bourrés de technologie, à des prix très inférieurs à ceux du Taycan. Entre 2021 et novembre 2025, Porsche y a perdu 56 000 unités tandis au profit de 361 000 Xiaomi de plus. Le prestige de la marque ne suffit plus à maintenir les ventes.

En 2025, le bénéfice opérationnel de Porsche a chuté de 92,7 %, à 413 millions d'euros et 1,1 % de marge, contre 14,1 % un an plus tôt. Des charges exceptionnelles d'environ 3,9 milliards d'euros expliquent en grande partie ce résultat, dont un renoncement partiel aux ambitions électriques et à la production de batteries. Au premier trimestre 2026, le résultat opérationnel a encore reculé de 22 %, à 595 millions d'euros.

Mais Porsche réagit et change de stratégie. Le Cayenne et le Panamera embarqueront encore un moteur thermique jusqu'à 2030. Le futur SUV positionné au-dessus du Cayenne, imaginé tout électrique, sortira d'abord en thermique et en hybride.

Porsche fabrique aussi la 911 et la gamme 718 dans la même usine qui fait une pause sur le Tycan. Dès 2023, le constructeur a engagé 250 millions d'euros pour y installer une ligne d'assemblage capable de mélanger sportives thermiques et électriques, qui va donc profiter de ce « temps libre » pour avancer sur ces chantiers.

Source : Auto Motor